Boutique à l'essai et boutique éphémère

Quelles différences ?

Les boutiques à l’essai et les boutiques éphémères sont deux concepts dans l’air du temps. Cependant, ils ne répondent pas à la même définition.

I – La boutique à l’essai

Le concept de « Ma boutique à l’essai » a été déposé par la Fédération des Boutiques à l’essai, détentrice d’un site dédié : www.maboutiquealessai.fr.

Il s’agit de permettre aux personnes souhaitant ouvrir un commerce de tester leur projet au sein d’une boutique pilote. Le futur commerçant bénéficie d’un accompagnement en amont et après l’ouverture de la boutique.

La première boutique de ce type a été ouverte en 2013 et depuis, d’autres ont vu le jour. En effet, plus de 70 villes et intercommunalités ont été séduites par ce type de commerce.

La Fédération accompagne les collectivités territorales désirant développer ce concept sur leur commune. Ce projet de dynamisation du centre-ville associe à la fois des acteurs publics et privés qui participent ensemble à une dynamique territoriale.

Les ingrédients d’une Boutique à l’Essai sont donc les suivants :

  • un local à loyer négocié ;
  • un accompagnement à la création de l’entreprise ;
  • un kit de communication à prix préférentiels ;
  • des conseils et travaux d’agencement à prix préférentiels.

Le commerçant est sélectionné par un jury et la commune intéressée doit adhérer à la Fédération des boutiques à l’Essai.

Il est important de noter que « Ma Boutique à l’Essai » a aussi pour vocation d’aider le commerçant à pérenniser son activité au bout de 6 mois de test. Ainsi, après cette période d’essai, si le commerçant souhaite poursuivre son activité, les conditions redeviennent celles d’un bail et d’un loyer normal.

Les principaux objectifs sont les suivants :

- faire revenir des commerçants en centre-ville et lutter contre la vacance commerciale grâce à l'appui de la collectivité et de partenaires publics et privés. L'arrivée d'une boutique à l'essai en coeur de ville permet de créer une véritable dynamique locale autour du commerce ;

- encourager l'esprit d'entreprendre dans les quartiers : maintenir et développer le commerce, apporter de nouveaux services à la population, développer l'esprit d'entreprendre sont les 3 objectifs de l'action "Ma boutique Mon Quartier" qui s'inscrit dans les contrats de ville ;

- maintenir les derniers commerces en milieu rural, car le commerce est essentiel à l'attractivité des villages ; il est générateur de lien social et de service de proximité, l'action "Mon Commerce mon Village" étant une adaptation en milieu rural des boutiques à l'essai.

II – La boutique éphémère

Également connue sous l’appellation pop-up store, cette boutique a, au sens strict du terme, une durée de vie limitée dans le temps puisque son ouverture peut se dérouler d’un week-end à plusieurs jours, semaines ou mois. Mais il s’agit surtout d’un concept marketing bien pensé pour éveiller la curiosité des consommateurs, une stratégie de communication qui sait mettre l’accent sur l’aspect exceptionnel de l’événement. Or, le client est certes exigeant, il recherche, compare, négocie mais avant tout il aime être surpris !

Le but n’est pas toujours d’être rentable, il peut s’agir d’une stratégie d’image dans le but de faire connaitre sa marque, son produit ou son concept. D’ailleurs, les enseignes les plus connues ne s’en privent pas et incluent probablement cette dépense dans leur budget communication. En revanche, pour d’autres ce sera l’occasion d’augmenter leur chiffre d’affaires, de s’ouvrir vers un nouveau marché et pourquoi pas de pérenniser par la suite leur activité.

Le site www.jeloueuneboutique.com ne prévoit pas spécialement d’accompagnement pour l’ouverture d’une boutique éphémère. Le potentiel locataire se met directement en rapport avec le bailleur afin d’étudier ensemble les différences modalités de la rédaction d’un bail de courte durée (ou, le cas échéant, d'une durée plus longue si les deux parties le souhaitent).

Il est ainsi possible aux intéressés (marques, enseignes, commerçants, producteurs, créateurs, e-commerçants…) d’avoir une idée claire et précise de l’offre de locaux commerciaux existants et disponibles à la location sur tout le territoire et de trouver l’emplacement souhaité en centre-ville.

En effet, l’immense majorité des centres-villes (pour ne pas dire tous) cherchent à attirer les nouveaux clients, faire revenir ceux qui les ont désertés et fidéliser toujours plus ceux qui sont très attachés à cette proximité ; c’est pourquoi la boutique éphémère constitue de nos jours un excellent atout séduction pour y parvenir.

Dès lors que l’on parvient à mettre en relation l’offre et la demande, les avantages de telles boutiques en centre-ville sont les suivants :

  • Lutter contre la désertification de certaines artères commerciales

Face à des artères qui se vident partiellement, réimplanter des commerces, et pourquoi pas dans un 1er temps de l’éphémère, peut créer une nouvelle dynamique et drainer à nouveau les clients vers une artère tout particulièrement.

  • Réinvestir un lieu désaffecté ou vide et ainsi, montrer le potentiel d’un emplacement

L’image d’un local inoccupé est souvent négative et parfois avec une simple remise en état (peinture, agencement, propreté…,) le potentiel du lieu redevient évident. Il sera alors plus facile pour les futurs locataires de s’y projeter.

  • Apporter de la nouveauté, du dynamisme et surprendre les clients

Il s’agit là de l’argument n° 1 lorsque l’on se place du point du vue du client ; en effet, de nombreuses enquêtes viennent confirmer cette tendance.

  • Etoffer et compléter l’offre présente dans le centre-ville

Il existe une offre différente par son importance dans chaque centre-ville, mais une ouverture a toujours du bon pour dynamiser l’ensemble et contribuer directement ou indirectement à amener du flux de clients dans les autres commerces ; il ne faut pas considérer ces nouvelles installations comme de la concurrence pure et simple.

  • Lancer une collection ou un nouveau produit

Les marques et grandes enseignes s’illustrent dans ce domaine. Pourquoi alors ne pas reproduire ce phénomène à l’échelle locale ? Beaucoup de créateurs, d’artisans ou de fabricants ont certainement ce désir de faire connaitre leurs produits et leurs idées sans pour autant avoir conscience que l’on peut aller à la rencontre de clients potentiels sans que cela entraine de grosses prises de risques.

  • Redonner une raison aux consommateurs de revenir en ville

Les boutiques éphémères sont la preuve que même en centre-ville, l’innovation est présente et que l’on trouve en ces lieux l’originalité et le cachet, totalement absents des centres commerciaux de périphérie.

  • Faire découvrir une marque, un concept

Il existe de nombreux concepts originaux que l’on peut imaginer faire découvrir aux clients par le biais d’une boutique éphémère en centre-ville (cafés où l’on peut à la fois boire et jouer ; salon de thé qui propose une décoration hétéroclite, une caisse de livres à troquer devant la vitrine, une superbe terrasse ou encore une salle à louer ; bar à poussette où les mamans peuvent se retrouver pour échanger, boire un verre et laisser leur bébé jouer en toute sécurité…).

  • Permettre aux consommateurs de voir, de toucher, d’essayer les articles

L’un des principaux freins de la vente en ligne est cette impossibilité pour le client d’avoir un contact direct avec le produit acheté, qui lui permettrait de conforter son choix et de se rassurer. Une boutique éphémère est donc un premier pas pour lui permettre de se confronter aux articles proposés avant de les adopter.

  • Bénéficier d’offres exceptionnelles valables uniquement sur une période éphémère

La stratégie qui consiste à proposer au moment de l’ouverture et pendant la durée de l’événement des offres avantageuses permet de créer le « buzz » en incitant les plus curieux à se rendre en boutique et ensuite à en parler autour d’eux.

  • Développer une relation client-marque et immerger le consommateur dans son univers

Etablir une connexion entre le client et la marque représente un objectif important, clairement plus accessible lorsqu’il existe une présence physique.

III – Rappel sur la réglementation des baux de courte durée ou baux « précaires »

Le bail de courte durée est prévu à l’article L. 145-5 du Code de commerce. Contrairement au bail commercial classique d’une durée de 9 ans conférant au locataire la propriété commerciale (renouvellement à l’échéance sauf manquement du locataire ou paiement d’une indemnité d’éviction), ce contrat de location représente une sorte de « bail à l’essai ».

Même si ce bail n’a pas été conçu à l’origine pour permettre le développement des boutiques éphémères, il apparaît être le seul outil juridique à l’heure actuelle. Ses caractéristiques sont les suivantes :

  • il doit être conclu par écrit, au moment de l’entrée dans les lieux, pour une durée maximum de 3 ans ;
  • sa durée peut donc être inférieure et renouvelée dans la limite de ces 3 ans ;
  • la propriété commerciale n’est pas acquise tant que les 36 mois ne sont pas atteints ;
  • il s’agit d’un contrat de louage soumis aux règles du Code civil, sauf pour sa durée. Il est conseillé de rédiger un contrat aussi précis que possible et, depuis 2014, un état des lieux est requis de manière contradictoire au moment de l’entrée dans le local et lors de sa restitution ;
  • le bail cesse de plein droit à l’arrivée du terme, sans qu’il soit nécessaire de donner congé et le locataire n’a aucun droit au renouvellement ;
  • la durée de ce bail ne doit pas être un obstacle car il peut être le préambule à la signature d’un bail ultérieur de 9 ans, si l’activité persiste ;
  • A l’expiration de ce bail dérogatoire, les parties ne peuvent plus conclure un nouveau bail dérogeant à nouveau au statut des baux commerciaux afin d’exploiter le même fonds dans les mêmes locaux. En revanche, cela est possible pour exploiter le même fonds dans un autre local appartenant au bailleur, ou dans le même local mais pour un fonds différent.

Ce bail, à caractère contraignant, impose aux parties un minimum de démarches :

  • un écrit impératif car, à défaut, la propriété commerciale pourrait être revendiquée par le locataire, même pour une occupation très courte ;
  • l’immatriculation du preneur auprès du Registre concerné ;
  • le respect des normes relatives à la configuration des locaux (hygiène, sécurité, accessibilité…) ;
  • la souscription d'un contrat d'assurance tant par le bailleur que par le preneur…
Information

Editor :
Christine RUBETTI
CONSULTANT COMMERCE

Date of the publication :
on 8/13/19 at 4:27 PM